Histoire d'une reconversion

Où comment la lecture de Laudato Si’ a changé la vie de Julien Dumont, devenu maraîcher.


Julien, ton parcours est un peu surprenant. Du fait de tes origines familiales et de tes études on ne t’imaginait pas maraîcher. Peux-tu nous dire ce qui t'a amené à faire ce choix ?

C’est vrai, mon parcours est certes atypique, et rien ne me prédisposait à devenir maraicher. Personne dans ma famille n’était agriculteur. Vers 29 ans, après des études de mécanique, de management, après des voyages et divers boulots, j'ai travaillé en Suisse pour une multinationale. Je gagnais bien ma vie, j’ai fait de beaux voyages, je profitais et ne me posais pas trop de questions.  
Cependant, je me rendais compte de ma situation de privilégié. J’avais surtout le sentiment de gagner cet argent trop facilement, je ne trouvais pas de sens utile à ce que je faisais. Je n’étais pas en harmonie avec moimême.
Cinq années plus tard, j’ai démissionné et un dernier voyage m’a emmené à Mexico où j’ai eu la chance de rencontrer des personnes admirables dont les conditions de vie m’ont touché. En rentrant en France, je me suis posé beaucoup de questions. Je savais juste que je ne voulais plus travailler pour une multinationale. Je voulais que cela ait du sens et être en adéquation avec mes valeurs.  
Dans le même temps j’ai commencé à cultiver un petit jardin que ma grand-mère faisait autrefois. J’y ai fait pousser un maximum de légumes et constaté que la culture devenait une vraie passion. Rapidement la question s’est posée d’en faire mon métier. Pouvais-je en vivre, en avais-je les compétences ?
Et c’est dans cette période que j’ai découvert « Laudato Si », une lettre encyclique du pape François sur la sauvegarde de la maison commune. Cette encyclique m’a touché droit au cœur et énormément de choses ont fait font écho en moi. Dès lors, je me suis mis en recherche d’un terrain et me suis lancé.

Sans être né là-dedans n'est-ce pas trop dur ? Physiquement bien sûr, mais aussi moralement et financièrement ?
Physiquement, c’est beaucoup d’heures, souvent du 6 jours sur 7 avec une saison qui commence début mars et qui se termine fin novembre. C’est un rythme particulier, où le corps doit s’adapter, mais c’est un rythme qui me convient bien. Lors de ma première saison, j’étais déjà "sur les rotules" fin mai et ne pensais pas pouvoir terminer l’année, alors que je n’avais pas encore sorti un légume ou presque. Et puis finalement, petit à petit, on arrive à faire les mêmes choses en se fatiguant moins. Il faut dire aussi que je fonctionne avec une AMAP et que j’ai régulièrement un peu d’aide notamment au niveau des récoltes.
Moralement, ça va bien, j’adore ce que je fais. Quand je vois toute cette vie qui prospère dans les jardins et quand il y a de bons retours des clients, cela m’encourage. Il y a parfois des baisses de morale ponctuelles à cause de la fatigue, où quand les éléments ne sont pas avec nous. Par exemple, l’année dernière alors que j’étais à une semaine de distribuer mes premiers paniers de légumes, les jardins ont pris la grêle. A part ce qui était sous serre, tout a été endommagé, voir perdu. Cela fait un peu mal et puis on relativise. Surtout, on se rend compte de la solidarité qu’il peut y avoir, quand on voit une vingtaine de personnes venir donner un coup de main.  
Financièrement, c’est un peu plus compliqué : j’ai attendu 3 ans avant de pouvoir trouver la formule pour pouvoir me verser un revenu. Les investissements à réaliser sont minimes comparés à d’autres créations d’entreprise, mais aujourd’hui je peux dire que j’ai trouvé l’équilibre.

Tu es parti directement dans le bio. Pour quelles raisons ?
Pour moi, c’était une évidence. Il faut bien se dire que l’homme cultive la terre depuis des millénaires et qu’il n’a jamais eu recours ni aux pesticides, ni aux herbicides ou aux engrais chimiques. On a toujours travaillé avec la nature et non contre elle. Ce recours à la chimie et ces pratiques sont relativement récents et ne sont apparus qu’à partir des années 60.

Penses-tu que l'on peut pratiquer ton métier avec un regard chrétien ? Et pour toi quel serait ce regard ?
C’est un oui catégorique, bien sûr. En cherchant Dieu, on finit toujours par se connaître un peu plus et parfois, comme dans mon cas, on trouve même sa vocation. C’est, je crois, le dessein que Dieu veut pour les hommes : que chacun trouve sa place, soit heureux et s’épanouisse dans la vie. C’est bien avec un regard chrétien, un regard d’amour que je fais ce métier. 

Bertrand Bourgeaux

Date de dernière mise à jour : 29/10/2019